Un rappel de la puissance des REÉR
L'une des raisons pour lesquelles le gouvernement fédéral a créé les REÉR, il y a 40 ans, était d'inciter les Canadiens à épargner de façon avantageuse pour la retraite. Cette mesure permet toujours à l'épargnant de différer le paiement de l'impôt applicable à l'argent placé dans son REÉR. Qui plus est, le produit du régime s'accroît, libre d'impôt, jusqu'au moment du retrait, idéalement, mais non obligatoirement à la retraite. Le rentier paie alors des impôts selon l'importance des revenus qu'il retire.
En plus de bénéficier de déductions fiscales immédiates, les sommes en franchise d'impôt risquent de s'accroître plus rapidement qu'elles ne le feraient dans un compte de placements imposables annuellement.
Pour nous tous, le plus grand défi consiste à trouver, dans le budget familial, l'argent nécessaire pour effectuer les cotisations maximales permises par le gouvernement. À l'heure actuelle, l'épargnant investisseur peut cotiser 18 % de son revenu gagné, jusqu'à concurrence de 13 500 $. Toutefois, si l'on participe à un régime de retraite d'employeur ou à un régime de participation aux bénéfices (RPDB), le montant de contribution est inférieur à cause du facteur d'équivalence.
Un contribuable qui manque de liquidités peut emprunter l'argent nécessaire pour investir le montant maximum autorisé par le gouvernement. À ce propos, l'investisseur trouvera, sur l'avis de cotisation fédérale reçu le printemps dernier, le chiffre indiquant le montant permis pour l'année d'imposition 1998.
Toutefois, au lieu d'emprunter, la personne peut mensuellement cotiser directement à son REÉR par le biais d'un régime de cotisation par prélèvements automatiques. Lorsque l'on souscrit à un tel régime, on détermine un montant mensuel qui est automatiquement investi dans des CPG ou un fonds commun de placement, ou encore dans un compte préalablement ouvert chez un courtier. Dans le cas des fonds communs de placement, la société prélève chaque mois le montant du compte bancaire et vous crédite un nombre de parts du fonds commun correspondant à la somme retirée.
Comparaison d'un prêt par rapport au versement d'une cotisation mensuelle
Si l'on contracte un emprunt bancaire de 6 000 $ à un taux de 6,5 %, les paiements mensuels sont de 518 $. Au bout d'un an, le montant total du paiement s'élève à 6 216 $. En supposant que le fonds de retraite (REÉR) rapporte un rendement de 10 %, nous obtenons dans ce régime, à la fin de l'année, la somme de 6 600 $. Grâce à un emprunt, nous bénéficions d'une somme supplémentaire de 384 $ tout en accordant au contribuable une économie d'impôt de 2 881 $, dans le cas d'un taux d'imposition de 50 %. Cette somme peut évidemment servir à rembourser une partie du prêt REÉR. Différentes options de remboursements sont offertes par les institutions financières : paiement hebdomadaire, paiement différé sur six mois, etc. En revanche, le programme de versements mensuels évite le paiement des intérêts, puisqu'il s'agit ici de répartir une somme équivalente, soit 500 $ par mois, pour obtenir ainsi, au même taux, un montant global de 6 310 $.
En accumulant des parts de fonds communs de placement tout au long de l'année, l'épargnant bénéficie plus longtemps de l'effet de l'intérêt composé et de la croissance à l'abri de l'impôt que s'il investit un montant forfaitaire à la fin de l'année. Sur une longue période, cela représente tout de même le montant significatif de 616 650 $ pour une période d'accumulation de 25 ans, au taux de 10 %, soit 26 650 $ de plus que la contribution de fin d'année.
Le meilleur moment, c'est MAINTENANT!
Il n'y a pas de bons ou de mauvais moments pour investir dans un REÉR. Ce qui compte, c'est de prendre conscience que le temps peut jouer, soit en notre faveur, soit contre nous. À titre d'exemple, supposons que vous ayez, dès l'âge de 20 ans, investi la somme de 2 500 $ par année jusqu'à l'âge de 35 ans. Sans aucune autre contribution supplémentaire au taux de 10 %, cette économie annuelle de 2 500 $ vous aura rapporté, à 65 ans, la très confortable somme de 1,5 million de dollars. En revanche, supposons que vous ayez décidé d'attendre à 35 ans pour cotiser et que, pour rattraper le temps perdu, vous contribuiez la même somme jusqu'à l'âge 65 ans, vous n'aurez accumulé que le tiers environ dudit montant de 1,5 million de dollars, soit un peu plus de 400 000 $. Il n'est donc jamais trop tôt pour effectuer votre contribution 1998, et même 1999 dès le mois de janvier, par une mise de fonds immédiate au régime ou par le départ d'un régime de cotisations par prélèvements automatiques.
Combien de temps vos REÉR prendront-ils pour s'épuiser?
Cela dépend essentiellement du capital accumulé au fil des ans. Supposons que vous vouliez prendre votre retraite en janvier 1999 et que vous comptiez retirer 3 000 $ par mois du REÉR qui vous rapporte un taux d'intérêt constant de 8 % sur vos placements, dans le cas d'une somme de 250 000 $ accumulée dans votre REÉR, vous auriez épuisé vos épargnes sur une période de 10 ans environ et ce, même en tenant compte de l'intérêt obtenu au taux de 8 %.
Dans le cas d'une somme de 500 000 $ accumulée dans votre REÉR, c'est une toute autre histoire, car en effectuant les mêmes retraits mensuels, en l'an 2009, vos épargnes auront atteint la somme de 539 000 $ et continueront de s'accroître même si les prélèvements se poursuivent toujours.
Que l'on opte pour des produits entièrement garantis, tels que les CPG, obligations du Canada ou certains fonds distincts, ou encore des produits issus des valeurs mobilières, comme les fonds communs de placement, les actions, les obligations gouvernementales, les débentures convertibles, il n'en demeure pas moins que la vraie force des REÉR réside dans les rendements par rapport à l'inflation que l'on peut obtenir avec des sommes que l'on a pu déduire de ses revenus imposables. Rappelons-nous qu'un rendement de 8 % non imposé et accumulé d'années en années, par rapport au taux d'inflation actuel (moins de 1 %), est un des moyens dont dispose l'investisseur qui a pris du retard au cours des dernières années pour rattraper le temps perdu, soit les droits de cotisation inutilisés apparaissant sur le dernier avis de cotisation fédéral. Le prêt REÉR constitue sans doute l'outil complémentaire pour profiter des arrérages. Une planification financière de la retraite s'impose avant de prendre toute action ; consultez donc votre spécialiste.
Source : Document Énergisez votre REÉR, de Fidelity Investments
Richard Giroux est planificateur financier et conseiller en placements.
