Les coupons détachés et les rentes viagères au service des fonds d'actions performants !
Si vous êtes de ceux que les fluctuations boursières effraient et que la hantise de voir son capital diminuer, ne serait-ce que temporairement, nuit à la qualité du sommeil, vous devez savoir que l'univers du placement recèle des combinaisons financières qui peuvent apaiser les craintes les plus aiguës.
Cependant, même le plus conservateur des épargnants se laisse apprivoiser par les médias qui ne se montrent point avares de publicités attrayantes en pleine saison des REER. Ces produits divers constituent d'ailleurs un bon moyen pour amener un inconditionnel de l'épargne à considérer la perspective d'investissement à moyen (3ans) et long termes (plus de 5 ans). Par exemple, qui n'a pas récemment entendu parler des obligations boursières de Placement Québec ou encore des investissements à caractère boursier garantis ? La frontière qui sépare l'épargnant de l'investisseur est de plus en plus mince si on en juge par toutes ces publicités qui étayent ces concepts financiers.
Pourtant, il s'agissait simplement d'y penser. Il est possible depuis longtemps pour un épargnant de profiter des remontées du marché boursier tout en préservant son capital à 100 % . Rappelons cependant que préserver son capital ne signifie pas pour autant ne pas en diminuer la valeur. En effet, la somme de 100 000 $, en 1998, n'aura pas la même valeur dans 8 ans, à moins que l'inflation se maintienne à 0 % pendant toute cette période. Ceci étant dit, il est important de garder constamment à l'esprit cet élément, car, dans un environnement inflationniste de 2 %, cette même somme de 100 000 $ ne vaudra que 85 000 $ dans 8 ans.
Or, dans l'analyse qui nous intéresse, il s'agit, pour un épargnant qui capitalise dans son REER ou pour un retraité qui exige des rendements plus élevés, de trouver une solution aux taux de croissance " relativement " réduits qu'offrent présentement les certificats de dépôt garantis, tout en s'assurant de préserver à tout prix son capital (en dollars actuels).
Dans un précédent article, nous vous présentions une solution simple pour investir à la bourse tout en préservant son capital à 100 % sur une période de 10 ans, à savoir : les fonds distincts offerts par les compagnies d'assurance vie . Aujourd'hui, ce sont des obligations boursières dont il sera question.
Les obligations boursières sont naturellement reliées à un indice boursier, quoiqu'il ne soit pas obligatoire de faire appel à ce type de produits pour constituer son propre portefeuille. Par exemple, si un épargnant dispose d'un REER autogéré, il lui est possible de se procurer des coupons détachés, c'est-à-dire ces obligations à coupons démunis achetées à rabais et venant à maturité au bout d'un certain nombre d'années. Le principal avantage de ces coupons est que le capital est garanti à échéance. Le rendement consiste donc en la différence entre le prix payé et le produit à échéance. À titre d'exemple, un coupon quelconque, dont la valeur serait de 10 000 $ à échéance en 2003, pourrait, sur le marché actuel, coûter environ 7 500 $. Dans ce cas, compte tenu du prix d'achat et du capital garanti à échéance, le rendement serait de près de 6 %. Aucun intérêt ne sera versé pendant toute cette période.
En dehors du REER, ces coupons ne sont pas très intéressants pour l'investisseur puisque, malgré le fait que ce dernier n'encaisse aucun revenu, il est imposé annuellement sur son rendement, lequel est considéré par le fisc comme étant de l'intérêt.
Dans le cas d'un des produits qui nous intéressent aujourd'hui, soit les coupons détachés, la préservation du capital est assurée et le montant de 10 000 $ sera versé à la date prévue. Cependant, contrairement à un dépôt à terme, le plein montant n'est pas exigé lors de l'achat ; c'est cette différence qui constituera le rendement en bout de piste. Ainsi donc, seul un déboursé de 7 500 $ est requis pour un capital envisagé de 10 000 $. La différence, soit la somme de 2 500 $, peut donc être investie de façon plus agressive par l'épargnant. Le seul risque couru repose sur le rendement futur généré par le montant supplémentaire de 2 500 $, puisque l'épargnant est assuré de récupérer son 10 000 $.
En prenant pour acquis qu'un investissement de 2 500 $ dans des fonds communs d'actions risque de fluctuer suffisamment pour atteindre une certaine valeur au moment où ce coupon vient à échéance, il est plus facile pour l'épargnant anxieux de vivre avec la volatilité du rendement qu'avec l'inquiétude de perdre son capital. Bref, la somme de 10 000 $ investie aujourd'hui sera assurément au rendez-vous dans cinq ans, seul le rendement étant spéculatif. Sachant toutefois que le passé n'est pas garant du futur, on peut tout de même s'inspirer du fait que les fonds d'actions canadiennes ont affiché, au 31 décembre 1997, un rendement moyen de 15,2 % sur une période de cinq ans.
En ce qui concerne les retraités aux prises avec des revenus de placement inférieurs à leurs besoins et qui disposent de fonds ne provenant pas d'un régime enregistré, les rentes viagères, combinées à des fonds de placement, peuvent jouer un rôle intéressant. Par exemple, un certificat de dépôt de 50 000 $, générant un revenu d'intérêt de 5 %, rapporte annuellement, avant impôts, la somme de 2 500 $. Dans cet exemple précis, s'il s'agit d'un contribuable dont le taux d'imposition est élevé, son revenu de placement, après impôts, sera d'environ 1 250 $.
Selon son âge, son sexe et son état de santé, une personne peut souscrire une rente viagère garantie 10 ans ou encore, si celle-ci est légèrement plus audacieuse et requiert un revenu à court terme plus élevé, elle peut souscrire une rente certaine de dix ans. Dans bien des situations, le revenu après impôts sera largement supérieur pour un investissement bien inférieur au montant disponible de 50 000 $.
Dans le cas de la rente viagère, le service est garanti pour 10 ans en cas de décès mais se prolongera toute la vie, tandis que pour la rente certaine, les paiements cesseront au bout de 10 ans. Ce qui incombe dans les deux cas est l'usage que fera l'investisseur de la différence entre le coût de la rente et la somme disponible de 50 000 $. En premier lieu, l'achat de fonds communs de placement de croissance dont le capital est garanti au décès et au bout de 10 ans sécurise cette partie du capital investi, tandis que le versement garanti de 10 ans sur la rente représente, dans plusieurs cas, le retour complet du capital de départ.
Certaines personnes profitent de l'excédent sur le revenu de placement que génère cette stratégie pour souscrire une assurance vie en vue de remplacer le capital en cas de décès et préfèrent opter pour une rente viagère sans garantie afin d'obtenir un meilleur rendement (des rentes réversibles au conjoint sont aussi disponibles). Par exemple, le retraité peut acquérir des fonds d'actions avec le montant provenant de la différence entre la valeur de la rente nécessaire pour générer les revenus de placement requis et la somme originale de 50 000 $. Ainsi, s'il en coûte 30 000 $ pour une telle rente, le montant supplémentaire de 20 000 $ peut être investi de façon à accroître la valeur du patrimoine dans le temps : 20 000 $ à 8 % de rendement dans des fonds d'actions déclenchant peu de gain en capital dans le temps, vaudrait 43 000 $ avant impôts dans 10 ans ! En relation avec l'âge, le sexe et l'état de santé du ou des retraités, s'il s'agit d'une rente réversible, le montant investi dans les fonds communs de placement pourra remplacer le capital de départ dans le temps. De toutes manières, peu importe l'objectif visé; il existe différentes façons de préserver le capital et d'investir du même coup sur le marché boursier sans pour autant souffrir d'insomnie.
Les exemples démontrés s'inscrivent dans le processus de planification financière et successorale après une analyse détaillée des objectifs de retraite de chacun. Il n'est pas prudent d'investir sous l'influence d'une publicité alléchante; il est plutôt recommandé d'en parler avec un courtier en assurance de personnes ou un conseiller en placements. Il n'existe pas de mauvais produits, mais un usage inadéquat ou, pire encore, le choix d'un concept non adapté à sa situation peut donner des résultats tout à fait contraires aux attentes de l'investisseur.
Entre-temps, la saison des REER bat son plein ; c'est donc plus que jamais le temps de réfléchir avant d'orienter ses décisions de placement.
Richard Giroux est planificateur financier et conseiller en placements.
