Pour contrer la léthargie boursière
Nous connaissons tous l'histoire du petit garçon qui a perdu toute crédibilité en criant au loup sans raison. La dernière fois que ce jeune a crié "AU LOUP", personne n'y prêta attention, mais plusieurs ont dû en assumer les conséquences puisque cette fois, l'alerte était malheureusement justifiée.
Il en est de même du marché boursier qui, en sonnant l'alarme, en a fait réagir plusieurs. Jusqu'à présent, ce sont les plus expérimentés qui ont réalisé les meilleurs rendements réels, ceux-ci ne s'étant pas préoccupé outre mesure des rumeurs.
En fait, ces fausses alarmes sont devenues un vrai dilemme pour les investisseurs moins expérimentés qui ont tendance à suivre les marchés en fonction des rumeurs véhiculées par les médias traditionnels d'information.
Il est absolument impossible de déterminer à temps l'évolution du marché, affirment les spécialistes de l'industrie du placement. Même si ces spécialistes sont en mesure d'évaluer aujourd'hui la santé des marchés, ils ne peuvent pas prédire la date de leur effondrement. Seuls les investisseurs expérimentés tiennent encore compte de ces signaux, tout en sachant qu'ils peuvent se révéler faux en cours de route. Ceux-ci considèrent plutôt ces signaux comme une assurance contre une baisse importante du marché. À noter qu'une baisse peut survenir, un peu comme ces dernières semaines, sans toutefois se manifester par des signaux précurseurs.
Les investisseurs d'expérience savent qu'ils peuvent compter sur des périodes faibles du marché pour réaliser des rendements plus importants à long terme en utilisant la stratégie de Warren Buffett (Buy & Hold), c'est-à-dire : "achat et conservation des biens acquis".
L'histoire nous a appris que la bourse rapporte plus que tout autre type d'investissement à long terme, quoique le prix à payer pour de tels résultats se manifeste par une volatilité importante au fil des ans.
Entre 1929 et 1992, nous avons connu très exactement 13 marchés baissiers, et en moyenne, ces baisses ont amputé le cours des actions d'environ 39 %.
Sur une période de soixante années consécutives, un nouveau marché baissier est apparu toutes les 5,2 années environ et chacune des périodes avait une durée moyenne de 17 mois. Même en ne tenant pas compte du fameux crash de 1929, lorsque le marché baissier a atteint son niveau le plus bas, il a fallu compter en moyenne trois ans et demi pour simplement revenir à la case départ c'est-à-dire atteindre un seuil d'équilibre. Au cours de toutes ces années, soit pendant quarante et un ans, nous avons basculé entre la phase d'équilibre et la phase d'un marché baissier. En résumé, les investisseurs ont littéralement passé 2/3 de leur temps à tenter simplement de demeurer au point d'équilibre, n'ayant pu bénéficier de l'avantage que la bourse leur offrait le reste du temps.
Certains prétendent qu'il est enfin temps d'acquérir de bons titres pendant que d'autres croient que le marché est beaucoup trop cher et que l'automne est la pire saison pour les corrections boursières. Rappelons-nous que la correction qui a eu lieu au moins de septembre de l'an dernier fût suivie d'une hausse très importante des cours jusqu'en janvier 1999. Il est aussi vrai que, depuis le début de l'année en cours, le marché boursier déçoit le plus endurci des investisseurs, quoique cette observation de la tendance n'a pas nécessairement une valeur significative en terme d'enrichissement pour les investisseurs avertis, celle-ci ne s'appliquant qu'à une courte période.
Pas facile de bien doser sa stratégie à l'automne, car n'oublions pas que le marché n'existe que dans la mesure où l'acheteur et le vendeur se présentent en même temps pour un même titre. Source : IMM Corporation Bulletin, Sept 1999.
Puis-je donc me permettre de suggérer au lecteur investisseur de refaire une beauté à son portefeuille par ces quelques conseils ou observations de circonstances :
1) L'alimentation d'un portefeuille via de nouvelles liquidités permet de profiter des occasions qui se présenteront tôt ou tard
2) La mise en place d'une stratégie de prise de gain ou de perte, selon le cas et surtout selon son niveau d'imposition, est sans doute un atout pour tirer le maximum de rendement net après impôts des investissements.
3) Le repositionnement de certains titres permet d'éviter de trop se concentrer dans une seule classe d'actif.
4) L'examen en profondeur de certains fonds communs ou certains titres permet de remarquer que s'ils ont tendance à réagir dans le même sens lors d'un marché haussier, ces titres peuvent tout aussi bien réagir dans l'autre sens lors d'un marché baissier.
5) Le choix de titres à corrélation négative aux autres titres déjà en portefeuille permet généralement de réduire le risque et de diversifier correctement son portefeuille.
6) L'examen de conscience permet de réévaluer sa tolérance aux risques qui a tendance à évoluer selon les circonstances de la vie.
7) Le choix préalable du cours cible visé pour un titre en particulier peut faire la différence dans le rendement global du portefeuille qui, en accord avec la stratégie mise en place, permet normalement de réaliser son plan de match.
8) La contribution immédiate à un REER permet d'éviter à la fois la cohue des REER tout en maximisant dès maintenant son épargne à l'abri de l'impôt.
9) L'investissement à long terme permet de récolter les fruits de son labeur.
10) La mise en valeur de la protection du patrimoine plutôt que l'appât du gain facilite la prise de décision pour des placements échelonnés sur une plus grande période de temps.
En résumé, rappelons-nous que pour un investisseur qui subirait un marché boursier identique à celui que nous avons connu en 1973-1974 durant la première année de son plan d'investissement, les pertes encourues lors de ce marché baissier et représentant 48 % de ses placements auraient un effet minimal sur la valeur finale de son portefeuille, le temps permettant aux bénéfices de se capitaliser. Par contre, imaginez combien les projets de retraite de cet investisseur seraient affectés si celui-ci était encore frappé par ce même marché boursier au cours de la dernière année de son plan d'investissement!
Richard Giroux est planificateur financier et conseiller en placements.
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En collaboration avec: LesAffaires.com
