Pour éviter la dérive - Les produits dérivés
Les produits dérivés
Pour plusieurs, les produits dérivés suscitent des inquiétudes que seuls les initiés peuvent contrer. Néanmoins, compte tenu de l'importance de l'industrie des fonds communs de placement et vu la popularité des fonds indiciels comme options de placement dans les contrats d'assurance vie universelle, il est préférable pour l'investisseur de se familiariser avec ces concepts.
De quoi s'agit-il exactement ?
Selon la définition habituelle, les produits dérivés sont des titres désignant en général un contrat entre deux parties. La valeur dudit contrat dérive de la valeur d'un actif sous-jacent comme des actions, des marchandises ou des indicateurs économiques tels que les taux d'intérêt et les indices boursiers. Les contrats à terme, les contrats à livrer, les options sur indices, les options sur actions et obligations, les options sur contrats à terme et autres formes ont comme principale fonction la couverture des risques, l'utilisation comme équivalent de remplacement et la spéculation par endettement à livrer en devises étrangères. Les gestionnaires de fonds communs de placement peuvent utiliser les titres dérivés dans la mesure où les autorités en valeurs mobilières le permettent.
Un fonds peut investir dans les titres dérivés pour :
- obtenir une couverture contre la fluctuation des devises ;
- obtenir une exposition à certains titres sans devoir effectivement souscrire les titres.
- accroître le rendement des placements du portefeuille ;
- protéger le portefeuille à revenu fixe dans le cas de hausse des taux d'intérêt.
Bref, les gestionnaires de fonds ont le droit d'investir dans des titres dérivés à des fins de couverture ou pour toute autre raison, à condition qu'ils détiennent assez de liquidités ou de titres pour soutenir leur position.
Des utilisations multiples
Les gestionnaires vendent parfois des options d'achat couvertes afin d'augmenter le rendement courant des placements et réduire le risque à la baisse. Toutefois, en voulant contrôler le risque à la baisse, la possibilité de hausse future est limitée si l'option est levée au prix établi. On dit que les actions sont couvertes puisque l'émetteur des options détient bel et bien les actions. Mais encore faut-il que les options soient disponibles. D'après un récent article publié dans "The Gazette", on compte présentement des options sur 95 compagnies canadiennes. En 1997, la valeur des options qui se transigeaient durant les neufs premiers mois de l'année s'élevait à plus d'un milliard sur les différentes bourses canadiennes.
Cas pratique
Reprenons cette explication en adaptant un exemple paru dans le magazine Report on Business. Vous apprenez que le concessionnaire Corvette de votre région attend une livraison limitée de Corvette Extra d'ici un mois. Vous accourez donc chez le concessionnaire et, afin de vous assurer de pouvoir en acheter une à un prix déterminé de 40 000 $ dans un mois, vous achetez, au prix de 1 000 $, une option d'achat à 40 000 $ pour une durée de 30 jours. Vous espérez alors que d'ici un mois, la rareté du modèle fera grimper son prix à 50 000 $ et que votre option vaudra du même coup 10 000 $.
Si la Corvette se vend 50 000 $ dans un mois, vous êtes gagnant. Si elle se vend 35 000 $, vous avez perdu 1 000 $, mais vous avez acheté la voiture à un prix moindre. Toutefois, si vous avez déjà une Corvette que vous avez payée 40 000 $ et qui, à votre avis, se vendra 50 000 $ d'ici peu, vous pourriez décider de vendre les options d'achat à un prix de 2 000 $. Ces options garantiront que vous vendrez votre Corvette 50 000 $ au détenteur de l'option exercée. Supposons que le prix passe à 60 000 $ ; vous serez tenu de vendre votre Corvette à rabais une fois l'option levée et vous perdrez la plus-value future et, si la voiture avait été une action, vous auriez également perdu le revenu de dividendes. Si la Corvette ne se vend jamais plus de 45 000 $, l'option d'achat que vous aurez vendue au prix de 50 000 $ s'éteindra d'elle-même sans que personne ne l'exerce. Vous aurez donc encaissé à la fois le prix de vente de l'option, soit 2 000 $ (plus les revenus de dividende de l'action), et le potentiel futur de croissance restera vôtre. Si le prix de la Corvette tombe à 38 000 $, vous aurez encaissé 2 000 $ sur la vente de vos options.
Par ailleurs, si vous pensez que la valeur de la voiture va diminuer et que vous voulez quand même vous la procurer tout en vous protégeant, vous n'avez qu'à payer la Corvette 40 000 $, plus 2 000 $ pour les options de vente. Grâce à ces 2 000 $ supplémentaires, la valeur de la voiture est entièrement protégée pendant toute la durée des options, étant donné que l'augmentation de la valeur marchande des options compense une baisse de prix de la Corvette.
Si vous étiez certain de vouloir acheter une Corvette et, cette fois, sans payer la prime relative à une option d'achat, vous pourriez acheter un contrat à terme "futur " par lequel vous seriez dans l'obligation de payer la Corvette 40 000 $, même si la voiture se vendait 30 000 $. Dans ce cas, vous perdriez 10 000 $ plus le prix du contrat. Enfin, vous pourriez spéculer sur l'achat de la Corvette en vendant à d'autres la possibilité de l'acquérir à un prix déterminé, sans pour autant la détenir dans votre garage. Si l'on réclame la voiture que vous ne possédez pas au prix de 50 000 $ et qu'il vous coûte 60 000 $ pour l'acquérir, votre transaction devient très spéculative et non couverte.
Il existe une panoplie de titres dérivés. Dans la plupart des cas, ces titres servent à couvrir la valeur du portefeuille contre la baisse des cours des actions et des obligations. Cependant, au Canada, les gestionnaires de fonds sont limités à deux stratégies : la couverture de devises et la vente d'options d'achat couvertes. De plus, les titres dérivés permettent aux investisseurs canadiens de participer à des marchés extérieurs par les indices boursiers étrangers, tout en conservant l'admissibilité de leurs placements au REÉR. Ces stratégies peuvent se révéler très efficaces et les règles sont claires quant à leur utilisation dans les fonds communs de placement. En effet, les commissions canadiennes empêchent les gestionnaires de se lancer dans la spéculation par endettement en les forçant à garder une réserve suffisante pour garantir leur position (la Corvette dans le garage !). Bref, les produits dérivés utilisés à bon escient procurent sans aucun doute une protection aux investisseurs et gestionnaires de portefeuilles.
Source AMGP, Prospective février 1998.
Richard Giroux est planificateur financier et conseiller en placements.
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En collaboration avec: LesAffaires.com
