Investir prudemment...
La plupart des investisseurs considèrent leurs placements comme une protection pour l'avenir, ce qui engendre chez eux un état émotionnel élevé aggravant la situation. Plusieurs d'entre eux estiment qu'ils réfléchissent de manière calme et raisonnable, mais en vérité, beaucoup sont incapables d'analyser objectivement les situations du marché, étant guidés davantage par leurs sentiments que par leurs connaissances. Compte tenu de leur émotivité, ces derniers agissent souvent de façon impulsive et irrationnelle.
Bien que nous n'ayons connu encore aucune panique générale, plusieurs investisseurs préfèrent attendre afin de réduire leur exposition aux fluctuations du marché, ce qui ne fait que contribuer à l'érosion du marché. En prenant pour acquis que les marchés baissiers s'étendent historiquement sur une période représentant environ 1/3 des marchés haussiers, si l'histoire se répète, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, tant en ce qui concerne le temps que les montants investis. Il ne s'agit pas ici d'être pessimiste, mais plutôt bien réaliste.
En se basant sur des statistiques couvrant une période de 125 ans, on remarque qu'une hausse de 15 % du prix des actions indique que nous sommes dans un marché "haussier". En revanche, une baisse d'environ 13 % ou plus est le signe d'un marché "baissier ".
Au fil des temps, plusieurs théories ont été énoncées sur le sujet. Quoique la plupart d'entre elles, reléguées aux oubliettes, aient été erronées, certaines se sont avérées efficaces. Cependant, seule la théorie du légendaire Warren Buffet a tenu le coup, son fondement reposant sur le Buy & Hold qui, particulièrement depuis les quinze dernières années, a démontré la facilité d'accroître son capital avec seulement deux baisses notables, la première ayant eu lieu en 1987 et l'autre en 1990.
En gardant les bras croisés, les investisseurs auraient vu leur capital quintupler ou presque durant cette période. Il ne leur suffisait que de choisir, à prix raisonnable, les compagnies ayant à leur crédit un immense marché à exploiter et un potentiel de croissance à long terme, et le tour était joué. Pourquoi vendre et payer de l'impôt ? Pourquoi vendre lorsque les actions que nous détenons sont une "vraie poule aux œufs d'or" ?
Malgré tout, et c'est là un signe des temps, les investisseurs ont compris qu'il était préférable de ne pas vendre leurs titres après une débâcle boursière. Mieux informés et connaissant beaucoup mieux les règles du "jeu", leur éducation aura finalement eu gain de cause sur leurs décisions en les incitant au calme, voire même à la mise en place d'une prochaine stratégie !
Même si les marchés baissiers sont résistants et que leurs fluctuations ne se terminent jamais sans avoir causé de dégâts, nous assistons actuellement à des reprises dans certains secteurs, certaines étant si fortes et si convaincantes que beaucoup d'investisseurs croiront que le marché baissier est enfin terminé. Malheureusement, cet espoir n'est qu'un leurre, selon certains analystes des marchés obligataires et boursiers, et les investisseurs ont tort d'y croire.
Rappelons-nous que, tout comme les marchés haussiers, les marchés baissiers ne se créent pas du jour au lendemain, ni ne disparaissent en quelques semaines. En fait, les véritables gagnants seront simplement ceux qui auront le moins perdu, ceux-ci étant généralement, si vous vérifiez bien autour de vous, ceux qui ont des attentes plus réalistes et plus modérées face à leurs investissements. Ce même groupe d'investisseurs possède également une caractéristique très importante en matière d'investissement : ce sont des gens qui ont beaucoup de patience ! (Source : IMM Corporation).
Le secret de la réussite, c'est d'acheter selon la méthode "Buffet ", c'est-à-dire acheter et détenir des titres de valeur et ayant du potentiel à long terme. Cela veut aussi dire résister aux achats qui sont en vogue ou à la mode, et échapper à l'influence des confrères de travail qui tentent de nous convaincre du bien-fondé d'acquérir, sur la foi d'une information dite "sûre", l'action qui fera de nous un être riche à coup sûr !
Selon plusieurs professionnels du domaine des valeurs mobilières, les investisseurs les mieux nantis sont ceux qui choisissent un titre avec minutie après avoir effectué une recherche en profondeur, et qui ne tiennent pas compte, pendant des années durant, de l'information transmise dans les journaux ou à la télévision et ayant trait à ce titre.
"Warren Buffet, affirme ceci : "Il est plus important d'assurer le retour de son capital que son rendement". Voilà pourquoi je prédis que nous assisterons à une montée sans précédent de la popularité des fonds distincts durant la période des REÉR qui s'amorce. Quoi de plus sensé, en effet, que de réduire nos attentes irréelles de 15 à 20 %, à long terme, alors que nous connaissons une inflation réelle au Québec d'environ 1 % ?
Selon Jean Bubendorff, vice-président principal de la Corporation financière Mackenzie, les attentes des investisseurs devraient être plus réalistes. En effet, même si les investisseurs conservateurs visent un rendement de 4 à 5 %, il est toujours permis aux plus audacieux d'obtenir, à long terme, un rendement de 8 à 15%. L'important, c'est de déterminer, pour la portion actions de son portefeuille, son niveau de confort par rapport aux autres classes d'actifs, tels les CPG et les obligations, tout en respectant son niveau de tolérance au risque. Ce qui compte, c'est d'obtenir un rendement net supérieur à l'inflation. "À titre d'exemple, lorsque l'on obtient 7 % net dans son REÉR par rapport à une inflation actuelle de .7 %, pour la région du grand-Montréal, on s'enrichit ! ", conclut M. Bubendorff. Pour certains, la majeure partie du capital devrait être investie dans un portefeuille d'obligations de qualité, à court et à moyen terme et échelonné dans le temps, tandis que pour d'autres, la répartition des actifs est encore la meilleure solution, celle-ci contribuant à réduire, d'une façon significative, la volatilité du portefeuille en général tout en augmentant le rendement réel à long terme. En gardant en mémoire qu'en ce moment, les ratios risque/rendement doivent demeurer raisonnables dans la sélection des titres, l'investisseur averti mettra à profit les stratégies fiscales reliées à la restructuration de son portefeuille, par le biais d'une évaluation sérieuse de fin d'année.
Tout est question de dosage et d'équilibre en matière d'investissement, exactement comme en cuisine ; le secret d'une bonne recette réside dans le choix des épices et c'est souvent ce qui fait toute la différence pour un bon plat!
Richard Giroux est planificateur financier et conseiller en placements.
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En collaboration avec: LesAffaires.com
