" Le marché boursier n'est pas significatif ! "
Une récente lecture m'incite à partager avec vous un point de vue ou une vision différente des mouvements boursiers actuels et des conséquences réelles auxquelles doivent faire face les investisseurs, avertis ou non. Selon le niveau de tolérance aux fluctuations de chacun, les réactions sont multiples et parfois même surprenantes !
J. Richard Charlton, auteur d'un nouveau livre intitulé "Invest and Growth rich ! " nous révèle comment et pourquoi Warren Buffett, le troisième plus riche homme en Amérique du Nord, est devenu son mentor. Ainsi, la pensée du livre de M. Charlton en fait grand état, affirmant que sa philosophie d'investissement serait empruntée presque qu'intégralement de celle de M. Buffett. Pour illustrer la pensée de ce grand financier, M. Charlton nous pose une question fort simple : " Si vous êtes un grand consommateur de hamburgers et que vous croyez qu'il en sera toujours ainsi pour le reste de votre vie, souhaitez-vous que le prix du bœuf soit haut ou bas ? Ou encore, si vous changez votre voiture régulièrement et que vous n'êtes pas vous-même un manufacturier de voitures, préférerez-vous des prix élevés ou des prix les plus bas possible ? ". Ces questions répondent par elles-mêmes.
En fait, si un investisseur envisage sérieusement d'épargner pour les prochaines années, devrait-il espérer un marché haussier ou un marché baissier ? Malgré le fait qu'un investisseur soit présent dans le marché boursier pendant plusieurs années, la résultante semble toujours la même : l'investisseur est en délire lorsque le marché monte, et il est déprimé lors d'une correction importante comme celle que nous connaissons présentement, alors que les prix d'achat deviennent plus abordables.
Cette réaction ne fait aucun sens, selon Charlton. " Seuls les investisseurs projetant vendre leurs actions à court terme devraient être heureux lorsque le marché brise record par-dessus record ", affirme-t-il. Les acheteurs et les épargnants devraient sans l'ombre d'un doute préférer des prix plus bas encore. Pour les actionnaires de Berkshire Hathaway n'ayant pas comme objectif la liquidation de leurs portefeuilles, le choix est d'autant plus clair. Berkshire Hathaway est la société de gestion fondée par le légendaire Warren Buffett. En 1965, l'action de Berkshire se transigeait à environ 12 $ U.S., en 1998, le titre se cotait à 4 000 $ U.S l'action et récemment, chaque action atteignait 66 000 $ U.S !
Berkshire retient, pour l'investisseur, l'ensemble des revenus à la source afin d'acquérir de bonnes affaires et des titres attrayants. En clair, plus Berkshire fait ses acquisitions à bas prix, plus ses actionnaires en profitent.
" Les conseillers en placements devraient concentrer leurs efforts à convaincre leurs clients d'ignorer le marché boursier en se concentrant plutôt sur la création de la richesse ", ajoute-t-il dans un bulletin récent. " Pourriez-vous croire que la compagnie Gillette, achetée au prix de 600$ millions U.S en 1989, vaut actuellement près de 4,8 milliards U.S ! ". Voilà ce qui anime l'auteur de ce livre.
Warren Buffett croit que, lorsqu'il procède à l'achat de titres, l'investisseur doit se considérer comme étant partie intégrante de la compagnie qu'il a choisie. Une compagnie inscrite en bourse, payant 5 $ sur 100 actions détenues, ne gagne en fait que 500 $ (5 $x 100 ). Warren Buffett croit qu'une compagnie a le choix de payer ledit 500 $ sous forme de dividendes ou encore de réinvestir cet argent pour l'investisseur, augmentant ainsi la valeur même de la compagnie. Il croit aussi que le marché boursier reconnaîtra, sur une longue période, la valeur ainsi augmentée de cette compagnie, causant tôt ou tard une croissance du prix de l'action. Cette vision diffère complètement de celle des professionnels de Wall Street, car Warren croit fermement au principe qu'une compagnie devrait toujours retenir ses revenus car, une fois versés aux investisseurs sous forme de dividendes, ces derniers entraînent une hausse de leur taux d'imposition, leurs revenus personnels ayant automatiquement augmenté. Il abonde plutôt dans le sens contraire et considère qu'il est très incitatif de retenir, via la compagnie, tous les revenus à la source.
" Si vous assistez à une partie de baseball, vous ne passerez sans doute pas la soirée à regarder le tableau d'affichage, ajoute-t-il …c'est ce qui se passe sur le terrain qui importe ". Il recommande donc à l'investisseur de consulter occasionnellement les cotes boursières et les indices inscrits dans les journaux et de les utiliser uniquement à titre de complément à sa compréhension. Certains fonds communs de placement, tel l'AIC et Infinity, reflétant fidèlement la méthode et la pensée de Warren Buffett, permettent, par cette discipline et cette approche différente, d'obtenir des résultats impressionnants. En partageant sa philosophie avec des milliers d'autres investisseurs, Charlton croit peut-être possible de changer l'opinion et la façon de faire des investisseurs face à leurs portefeuilles.
Cependant, selon Richard Charlton, Warren Buffet n'est pas le seul à partager cette vision ; Peter Lynch énonce lui aussi des principes qui vont dans le même sens. Pour terminer, voici un résumé quelque peu humoristique qui, souhaitons-le, vous aidera à mieux supporter les aléas des dernières semaines.
-Si le "market timing " est une grande stratégie, pourquoi ne retrouvons-nous pas le nom des plus grands spécialistes de cette technique en tête de liste des américains les plus riches, dans le prestigieux magazine Forbes ?
-Si vous ne pouvez vivre le déclin d'un marché boursier et si vous ne croyez pas à l'augmentation des profits des sociétés cotées à la bourse, sur une longue période de temps, n'achetez pas d'actions ni de fonds d'actions.
-Lors d'une correction ou lors d'un marché boursier à la baisse, la cote de toutes les compagnies baissera, qu'elles soient grandes, moyennes ou petites. Une correction devient donc une merveilleuse opportunité d'achat à rabais pour vos compagnies favorites.
-Au cours de ce siècle, nous avons connu 53 corrections, sinon plus, ce qui représente près d'une correction tous les deux ans. Nous avons connu également des corrections excédant 25 % à au moins 15 reprises, soit environ tous les 6 ans. Cette situation est donc tout simplement normale.
-Si, depuis 1965, vous avez acheté annuellement des actions et que vous n'avez pas été chanceux en les acquérant toujours au plus haut prix, vous aurez obtenu un rendement annuel de 10,6 % sur une période de 30 ans. Si par contre, vous avez été extrêmement chanceux en acquérant ces dites actions toujours au prix le plus bas et ce, à chaque année, votre rendement annuel aura été de 11,7 %. Ainsi, la différence entre le meilleur moment et le plus mauvais est donc de 1,1% !
En conclusion, si on est de ceux qui ne réussissent pas à vendre lorsque le marché est à la hausse et à acheter quand il est à la baisse, il est plus sage d'adopter une philosophie qui respecte sa tolérance aux fluctuations du marché boursier par une sage pondération de ses investissements et une approche à long terme dans le choix des placements plus volatiles, comme les actions. Lorsque l'on prend soin de bien définir ses objectifs et d'identifier sa personnalité d'investisseur, on arrive sans doute à se détacher des caprices du marché et à ne pas y répondre brusquement, donc à ne pas sauter du train entre deux stations et risquer de se blesser…davantage…
Richard Giroux est planificateur financier et conseiller en placements.
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En collaboration avec: LesAffaires.com
